En janvier 2015, L’Association des juristes sénégalaises (AJS) a organisé, en partenariat avec l’ONG Save the children, un concours sur les droits des enfants. Il a été réalisé avec les enfants des écoles de Dakar et banlieue, Thiès, Kolda, Ziguinchor, mais aussi avec les pensionnaires de la maison de correction pour mineurs Fort B de Hann, le Samu social, le centre Talibou Dabo de Grand Yoff, ainsi que les enfants des clubs AJS.
Plus de trois mille réponses et une centaine de dessins ont été recueillis. Un livret a été confectionné avec les quelques dessins et réponses sélectionnés. Les fautes d’orthographe et de grammaire ont été corrigées, mais les idées exprimées par les enfants ont été strictement respectées. Pour préserver leur anonymat, dans ce texte destiné à la presse, les prénoms ont été changés, mais non les âges, ni les lieux de résidence indiqués. Le livret est téléchargeable sur le site de l’AJS (http://femmesjuristes.org/?page_id=467).
Dans leurs réponses, les enfants, dont les âges vont de 7 à 17 ans, font montre d’une maturité, d’une bienveillance et d’une attention aux autres poignantes. Chacun et chacune d’entre nous, y compris les institutions qui vivent de la sueur et des impôts des citoyens et citoyennes, devrait lire attentivement leurs exhortations, prendre note de leurs recommandations et travailler à les réaliser.
Afin de camper le décor, c’est-à-dire la conception que se font les enfants d’un univers où ils et elles sont heureux et heureuses, la question leur a été posée directement, d’emblée.
Pour toi qu’est-ce que le bonheur ?
«Le bonheur c’est vivre en paix, avoir une bonne santé et être auprès d’une famille qui t’aime et te respecte.» (Pensionnaire du Fort B, originaire de Dakar)
«Pour moi, le bonheur est le fait de vivre avec mes parents et de poursuivre mes études.» (Aïda, 11 ans, F, Guédiawaye)
«Le bonheur, c’est d’avoir une mère et un père qui t’aiment beaucoup et qui s’occupent de toi. Aller à l’école.» (Fatou, 10 ans, F, Guédiawaye)
«La définition du bonheur est quand on est protégé. Quand on a la santé. Quand on a la paix.» (Oumar, 12 ans, G, Kolda)
«Le bonheur est quelque chose qui nous rend heureux. Le bonheur nous donne la paix, la richesse, qui nous rend actif, il nous donne la prospérité. Le bonheur nous réunit.» (Awa, 13 ans, F, Club AJS).
Dans chacun des établissements ayant participé au concours, une conférence avait été tenue par les membres de l’AJS sur le fondement d’un livret sur les droits des enfants écrit par l’AJS et imprimé avec le concours financier de l’ONG Save the children. Le livret est disponible en français, en pulaar, en wolof sur le site de l’AJS (http://femmesjuristes.org/?page_id=467).
Une fois le contenu du livret expliqué aux enfants et discuté avec eux, il leur a été laissé un exemplaire. Ce qui a permis de revenir ensuite leur poser la question suivante :
De quel droit en particulier souhaites-tu faire la promotion et pourquoi ?
«Je souhaite faire la promotion du droit à la protection pour les enfants handicapés car, d’abord, handicapé ou pas, un enfant doit être protégé, alors un handicapé n’est pas épargné. Il devrait même être beaucoup plus protégé, car il doit se sentir aimé. Etre handicapé, même si c’est dur à surmonter, si on est avec des gens qu’on aime et qui nous soutiennent, les obstacles seront beaucoup plus faciles à franchir. Alors tous ensemble, luttons pour la protection des enfants handicapés, car il n’y a pas de différence entre un enfant handicapé et un enfant bien portant, nous sommes tous égaux.» (Khadija, 15 ans, F, Malika)

«Je veux que tous les enfants de mon quartier aient des extraits de naissance et aussi que tous les enfants aient une place à l’école, même les handicapés, et qu’ils vivent avec leurs parents. Le droit à la protection est important parce qu’un enfant qui n’est pas protégé ne va jamais réussir et va mourir très tôt.» (Sira, 11 ans, F, Kolda)
«Parmi les nombreux droits de l’enfant, je préfère le droit à l’expression. Vous savez dans le monde, particulièrement en Afrique, les enfants n’ont pas la liberté de s’exprimer sur des questions concernant l’environnement, le quartier ou la famille. En effet, les enfants ne sont jamais les bonnes personnes pour donner leur avis ou leurs pensées. Dans notre pays, l’enfant n’a jamais raison et n’a point le droit de s’exprimer lors d’un problème entre lui et un adulte. Cependant, cela n’est-il pas un manque de considération ? Un enfant ne doit-il pas donner son avis ? En résumé, l’enfant doit aussi connaître ses droits et savoir les imposer. Ceci étant, l’enfant peut avoir des idées très approfondies alors laissons-le s’exprimer.» (Arame, 15 ans, F, Malika)
Le point de vue de Arame est mis en image par l’adage wolof selon lequel : «La vérité est une aiguille égarée. L’enfant comme l’adulte peut la ramasser.» Animée par cette conviction, l’AJS a demandé aux enfants de s’exprimer sur la question des moyens d’assurer leur bien-être et leur sécurité. Toutes les réponses démontrent, par la richesse de leur enseignement, la pertinence qu’il y a à associer les jeunes aux réflexions relatives aux enjeux qui les concernent. L’échantillon ci-dessous en est la preuve.
Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants il faut :
Faire des campagnes de sensibilisation aux droits de l’enfant.
«Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de mon quartier, on peut faire des sensibilisations, des causeries, des sketchs pour informer les parents et les amener à mieux traiter leurs enfants, à les écouter quand ils ont envie de parler, et surtout les amener à l’école parce que s’ils vont à l’école, ils pourront échapper à beaucoup de choses comme la tromperie et avec les matières comme science de la vie et de la terre, ils peuvent avoir un bien-être sans l’aide de personne.» (Soukeyna, 15 ans, F, Malika)
«A mon avis, ce qu’il faut faire pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de mon village est que l’Etat du Sénégal impose et fasse respecter les lois sur les droits de l’enfant, les fasse comprendre aux parents, sensibilise la population en lui montrant l’importance de l’enfant dans un pays, car l’enfant est un trésor très cher qui assure le développement d’un pays.» (Ousmane, 17 ans, Malika)
Créer des associations de quartier pour la protection des enfants
«Je pense qu’il faut créer des associations dans les quartiers où on réunira des enfants avec des adultes, ceux-ci les aideront à se sentir plus à l’aise. S’ils ont des problèmes, ils en feront part à ces adultes qui leur proposeront des solutions, qui répondront à des questions que l’enfant a peur de demander à ses parents. Ils éveilleront l’enfant et ça peut les mettre en sécurité.» (Sadiya, 15 ans, F, Pikine)
Aider les familles à s’occuper de leurs enfants
«Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de mon quartier, la première chose qu’il lui faut est une assise familiale, c’est-à-dire qu’il soit entouré par sa famille, car si un enfant se retourne et voit qu’il est entouré par son père et sa mère, il a la conscience tranquille. C’est aussi les parents qui sont les premiers protecteurs des enfants. Il faut aussi que l’entourage de l’enfant soit propre et sain, car si un enfant vit dans un espace de malpropreté, cela peut porter atteinte à sa santé et il peut attraper des maladies très dangereuses. Il lui faut aussi une protection sur la route et ça, c’est le rôle de l’Etat qui doit y veiller car, parfois, il y a des voitures qui roulent à des vitesses incontrôlables. L’Etat doit aussi assurer une protection contre les viols et punir sévèrement les fautifs en cas de viol.» (Ibrahima, 16 ans, G, Club AJS)
«A mon avis, il faut aider nos parents pour leur donner les moyens de nous aider en retour.» (Nafissatou, 7 ans, F, Thiès)
«Pour assurer le bien-être des enfants, il faut les amener à l’école. Il ne faut pas de leur demander de veiller sur les troupeaux. Il faut les surveiller.» (Aminata, 12 ans, F, Pikine)
Inscrire tous les enfants à l’école et les aider dans et en dehors de l’école
«Je veux que les maîtres de l’école arrêtent de taper les enfants parce qu’ils ont peur d’eux. C’est ça que nous voulons dire, d’arrêter de taper les enfants.» (Khalifa, 11 ans, G, Thiès)
«Ne pas envoyer faire des commissions tout le temps.» (Bineta, 14 ans, F, Guédiawaye)
«Il ne faut pas forcer à se marier.» (Mariétou, 10 ans, F, Guédiawaye)
«Il faut arrêter de dire aux enfants de faire le mendiant et les inscrire à l’école. Il faut bien protéger les enfants et ne pas frapper un enfant. Il faut lui donner à manger et lui faire porter des habits propres. Il ne faut pas faire du mal aux enfants. Il faut aussi ramasser les mendiants et les protéger du froid et bien les laver et leur donner un bon petit-déjeuner.» (Mohamed, 13 ans, G, Médina)
«Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants, il faut d’abord que les parents surveillent leurs enfants attentivement. L’Etat doit donner de la nourriture aux enfants quand ils sont à l’école. Des voitures d’école devront être régulièrement à leur disposition. Les parents ne doivent surtout pas harceler leurs enfants. Il faudra apprendre aux enfants le Code de la route. Il est également nécessaire de leur apprendre comment se comporter.» (Coumba, 15 ans, F, Club AJS)
Rendre les quartiers propres
«Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de ton quartier, il faut rendre le quartier propre et installer l’électricité.» (Lydie, 12 ans, F, Kolda)
«Ce qu’il faut pour assurer le bien-être des enfants du quartier dans lequel je vis : éliminer les eaux stagnantes, éviter de vivre dans les maisons étroites et assurer la sécurité des enfants en mettant des agents de police dans tous les quartiers.» (Seynabou, 11 ans, F, Thiès)
Construire des espaces de loisir, des terrains de jeu
«Pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de mon quartier, on peut construire des espaces de loisir où il y aura surtout des jeux qui demandent la réflexion comme le scrabble. On peut les sensibiliser à travers des sketchs en vue qu’ils connaissent leurs droits et qu’ils n’acceptent pas de se soumettre à des choses difficiles comme le travail forcé, sachant qu’ils ont le privilège de ne pas le faire. Ainsi, leur scolarisation est très importante, car cela les aide à connaître le monde et à ne pas avoir de difficultés dans la vie courante. (Ramata, 15 ans, Malika)
«Pour moi, pour assurer le bien-être des enfants de notre quartier, il faut créer des établissements scolaires, construire un ou des espaces de jeux. Il faut les faire accéder à des bibliothèques pour leur culture générale.» (Bara, 16 ans, G, Malika)
«A mon avis, pour assurer le bien-être et la sécurité des enfants de mon quartier, on devrait créer des centres de loisir pour qu’ils jouent, mais intelligemment. On devrait aussi, dans ces centres de loisir, appeler les parents pour les conseiller, mais aussi créer des espaces où les parents peuvent se retrouver et discuter pour pouvoir comprendre les enfants et ne pas leur donner toujours tort. Quand on aura les forces de sécurité, on devra sensibiliser les gens pour qu’ils sachent qu’un enfant est très fragile. Pour finir, ceux ou celles qui font du mal aux enfants devront être emprisonnés, mais avec une peine énorme pour qu’une autre personne ne le fasse plus jamais.» (Collé, 15 ans, F, Malika)
Installer des commissariats et des agents protecteurs des enfants
«Donner des conseils aux enfants, les protéger. Il faut aussi avoir des agents qui protègent les enfants pour le pays qui est le Sénégal» (Badara, 12 ans, G, Ziguinchor).
«On doit protéger les enfants contre les violences et les agressions, dénoncer les malfaiteurs et enfermer les agresseurs pour 10 ans.» (Nogaye, 13 ans, F, Ziguinchor).
«Accueillir et écouter attentivement la victime.» (Pensionnaire de Fort B, originaire de Grand Dakar)
Eclairer les quartiers
«Augmenter les Forces de l’ordre. Eclairer les quartiers. S’entre-aider» (pensionnaire de Fort B, originaire de Grand Dakar)
En conclusion, quels sont tes rêves pour le Sénégal ?
Toutes les réponses étaient belles. Elles montrent combien une jeunesse patriote, débordante d’amour pour son pays et son Peuple est la vraie richesse d’un Etat. Il est triste que le budget et les dirigeants de l’Etat fassent si peu cas de la promotion et de la réalisation de chacun des droits des enfants, à commencer par la protection qui leur est due.
Aider chaque enfant à se réaliser, en lui assurant bien-être, sécurité et éducation de qualité, voilà ce qui garantit un Sénégal tel que rêvé par un pensionnaire de la Maison de correction Fort B, de Hann :
«Un Sénégal émergent où les enfants respectent les adultes, où tout le monde mange à sa faim, où il n’y a ni pauvreté ni mendicité ni violence sur les enfants ;
Un Sénégal développé où le gouvernement répond toujours présent aux besoins des citoyens ;
Un Sénégal où les gens n’oublient pas leurs valeurs et leurs coutumes ;
Un Sénégal où chacun se sentira chez-soi.»
Accomplissons notre devoir d’adultes, protégeons les enfants, filles et garçons ; aidons-les à réaliser leurs vœux pour leur avenir et pour celui du pays. Que celles et ceux qui sont élus et entretenus pour déterminer les politiques, programmes et budgets de l’Etat et des collectivités locales se préoccupent d’abord et avant tout d’assurer le bien-être des enfants, ainsi que cela a été dans l’Afrique impériale, l’Afrique qui respectait les mères au point d’en faire la figure du dirigeant idéal (en wolof, njiit ndey ji seex la – le dirigeant est une mère de jumeaux).

Fatou Kiné CAMARA
Présidente d’honneur de l’AJS
Association des Juristes Sénégalaises
www.femmesjuristes.org

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